Tinos, mon amour

Mon deuxième roman est une autobiographie romancée. J'ai vécu de nombreuses années sur l’île de Tinos. Cet ouvrage ravira les amoureux de la Grèce et des Cyclades.

Roman auto édité en août 2025.

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Résumé

Lucie et Anna vivent à Athènes. Elles sont amoureuses de l’île de Tinos, dans l’archipel des Cyclades, où elles ont récemment acquis une ancienne bâtisse qu’elles rénovent. Pendant les travaux, leur architecte fait une découverte qui plonge les deux femmes dans un passé lointain.

Un mystère enfoui dans les profondeurs de leur maison refait surface sous la lumière étincelante de l’île.

Est-ce une histoire, une légende ?

Ou bien est-ce autre chose ?

 

Nice
2 février 2023 – 12 juin 2024

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© Francis Ray - 2025


Extrait

J’ai vécu une expérience remarquable. Au cours de nos conversations, l’île s’est avérée bien plus complexe que je ne le pensais. Plus précieuse et plus délicate, mais aussi plus raffinée, elle m’a dévoilé des charmes que je n’avais pas remarqués au premier regard. L’île explosait, tel un bouquet fulgurant de sensations et d’émotions bien plus fines que l’extase artificielle, alimentée par la bière fraîche et le farniente. C’est pourquoi les envahisseurs estivaux s’exclamaient : « Que c’est beau ici ! » Mais non, l’île s’épanouissait et déployait des charmes opalescents qui s’envolaient au-delà même de la beauté – cette médiocre qualité du regard qu’on porte sur les choses –, au-delà de ce que pouvaient appréhender des gens de passage. Ma petite île n’offrait pas seulement une beauté esthétique, mais également une beauté intérieure, qu’elle souhaitât un jour partager avec moi. C’est pourquoi j’ai appris à prêter une oreille attentive et dévouée à ses chants invisibles.

Ses beautés secrètes et délicates ne se sont pas dénudées d’un coup. Elle choisit, au terme d’un long processus, de me les accorder ou non. J’ai dû me perdre mille et mille fois dans ses collines escarpées et fuyantes, dans ses villages figés aux ruelles étroites peuplées de chats maigres et somnolents, dans son histoire éternelle de bleu et de blanc, et dans les plis vénérables de sa peau ridée, pour les mériter. J’usai à chaque errance mon respect et ma persévérance. Je cherchai inlassablement sa grandeur, dans chacune de ses pierres, dans ses pigeonniers antiques et sous l’ombre de ses minuscules chapelles privatives. J’arpentai ses terrasses millénaires, foulai le sable de ses plages, caressai ses rochers déchiquetés couverts de petits squelettes, des restes de coquillages. Je me laissai guider par l’île, me perdant là où elle le voulait.

Amant romantique, je ne résistai pas, aucune réflexion ni pensée ne vint troubler mes voyages.

J’écoutai…

Je contemplai, avec un émerveillement poli, la façon dont les nuages traversaient le ciel. Comment, sous les ardeurs du vent et des airs chauds, froids ou humides, ils se rassemblaient en groupes exaltés au nord et se diluaient ensuite avec mélancolie sur le versant sud. J’ai ressenti l’éternité dans ce court voyage et dans leur existence éphémère. Je les rejoignis en escaladant le trône d’Éole, à l’est, qui régnait sur la plus haute montagne de l’île. L’ascension s’avéra malaisée, la pente accusait de surprenantes mesquineries et inventait des pièges qu’elle me destinait. Le sentier minuscule finit par mourir d’ennui et s’évanouit sous mes pas dans la pente abrupte.

Enfin, je compris la signification de l’air en le respirant, comme si ma vie en dépendait. Je sentis comment le vent l’engouffrait dans mes poumons, à grand renfort de rafales puissantes, les gonflant pour me transmettre sa vitalité et faire jaillir en moi une puissance insoupçonnée. Une énergie jamais ressentie auparavant, un souffle divin, parfumé et humide, où les vibrations de l’île se mêlèrent aux miennes. Elle me fit, sans que je m’en aperçoive, le don de sa vie et me considéra comme un hôte, un invité, un habitant, un élu, peut-être même, je le méritais un peu, je crois… comme un dieu.

Alors, je suis redescendu, à mon corps défendant, de chez Éole. Mon île m’avait transformé en homme riche et m’avait offert une vie toute neuve accompagnée d’une fabuleuse vitalité. Elle m’avait offert son plus beau cadeau : sa substance profonde, son âme. J’ai été réincarné, transformé, mais toujours perçu comme la même personne par les autres êtres humains.

Lors de ma première ascension, j’aurais voulu rester au sommet de la montagne pour goûter à nouveau les nuages et ressentir la vie, en communion avec l’île où déjà je me sentais chez moi.

Au fil des années, je suis monté tant de fois sur le siège d’Éole que le sentier porte désormais mon nom.

Chaque fois que je gravissais cette montagne, je ressentais une émotion inattendue : mon âme de poète envahissait tout l’espace et je ne pouvais résister. Mon île, avec sa délicatesse de terre sacrée et son amour sans cesse naissant, révélait sa véritable nature : des images et des sensations évanescentes. C’était sa façon subtile de me retenir.

Elle désirait ma présence, souleva légèrement le rideau et me fit découvrir sa lumière intime.

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© Francis Ray - 2024 - 2026

 


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